Partager l'article ! Un café: Je bois mon café, qui est fini en fait. Alors je ne bois rien. Mais je sens encore le gout degueulasse de ce mauvais inst ...
Je bois mon café, qui est fini en fait.
Alors je ne bois rien. Mais je sens encore le gout degueulasse de ce mauvais instantané, surtout que j’ai oublié dans un premier temps d’y mettre du sucre.
Je déteste ça. Le café sans sucre, je ne supporte pas.
Je ne supporte pas non plus d’équipe de football.
Mais je peux supporter de voir un match.
Il est 5h22 du matin, c’est important de le dire je pense, même si ça ne m’apparaît pas réellement pour le moment. Peut être est ce que cela me sera plus clair à 6h03, mais il ne sera plus 5h22.
De toute façon maintenant il est 5h24.
J’adore tout ce qui est sucré, même si je préfère le salé.
Je viens de regarder environ trente minutes d’un film. Je note que le temps doit avoir une importance en ce moment parce que je le notifie trop souvent. Ou peut être me dis je que les gens qui liront ça le penseront. Mais qui va lire ça ?... Peut être je l’effacerai demain. Peut être l’écrit tardif finira dans un dossier perdu au sein du disque dur de mon ordinateur. Je garde trop de choses de toute façon. Et je songe à quelqu’un qui m’a dit hier encore que je gardais aussi trop de rancœur, tout le monde le dit. Je ne suis plus très sure en y repensant, peut être l’ai-je entendu à la télé ? On entend tout à la télé si peu que l’on puisse la regarder et se concentrer dessus assez longtemps.
Moi je ne me concentre jamais. C’est le meilleur moyen d’être concentré.
Le jus d’orange dans le frigo est concentré. Mais ça n’a rien à voir.
Vous voyez je l’avais dit, je ne suis pas à ce que je fais.
Tant mieux.
J’écoute Katerine, mais c’est fini, donc je n’écoute plus. Mais je vais peut être le remettre. Ou bien vais-je lancer un autre disque. Mais j’aime beaucoup cette musique car la diffusion m’a semblé durer longtemps, je dirai entre deux heure et dix ans.
Il y a dix ans, j’en avais dix huit.
Je pense qu’a dix huit ans et quelques mois, il me restait encore un peu d’innocence… Ou pas. Je songe qu’à dix huit ans peu de temps me séparait de mon suicide, et qu’à dix neuf ans j’étais mort. Puis je me suis soigné et ça a été mieux, mais aussi parce que je suis devenu quelqu’un d’autre. Au final, on se rattrape, et tous ces « moi », ça donne quelqu’un de plus complet.
Le pain que je fais avec ma machine est « complet ». Sauf si je le coupe en morceaux. Mais ça reste du pain complet, c’est à cause de la farine.
Il y a des filles qui ont un nom qui ressemble au mot farine, je crois que j’en ai connu une. Mais je n’ai pas couché avec elle, dans mes souvenirs elle était trop jeune, pas beaucoup mais trop. Pour un homme c’est important de notifier quand il cite une femme s’il a couché avec. Sinon on lui jette des regards et de drôles d’expressions peuvent fuser doucement, mais fuser quand même, mais doucement comme quand on pose sa tète sur l’oreiller tout frais par une nuit plus chaude que les autres. Coucher ça veut dire avoir une relation sexuelle, je crois, parce que lorsque j’y pense on a presque tout le temps des relations sexuelles, à partir du moment où on a des relations. Mais dans d’autre cadres les relations sexuelles s’appellent autrement, parce qu’il est mal venu d‘avoir des relations à caractère sexuelle dans certains contextes. Au travail par exemple. Mais en vrai, votre chef, a toujours un petit coté dominateur, et vos collaborateurs sont des amants de quelques heures tous les jours, les clients des voyeurs ou un autre genre de clients. Ce genre de choses.
Moi je n’ai jamais travaillé.
Enfin si une fois, mais je suis parti. J’étais malade et je n’avais pas envie d’avoir des relations sexuelles au travail, j’étais trop jeune.
On est jeune très longtemps dans la vie. En tout cas tant qu’il y a des gens plus âgés que nous pour le faire remarquer. Moi je n’aime pas les vieux, comme tout le monde, et je pense que les jeunes n’ont pas de respect pour nous les plus vieux.
Plus vieux
Pluvieux
Ici en Bretagne les gens disent que le temps est pluvieux. Je ne sais pas ce que ça signifie. J’imagine que ça veut dire que je vais mourir bientôt, quand je serai plus vieux de quelques minutes, à 6h03, ou de quelques années quand j’aurai cent ans. J’espère que c’est ça, parce que je suis fatigué et que, une fois mort je pourrais me reposer. Et quand ça ira mieux je pourrai recommencer à ne rien faire comme avant.
« Avant » c’est toujours mieux.
Avant mes ongles poussaient moins vite. C’est le genre de choses qu’on se dit quand on constate que le temps passe et que 6h03 nous semblait loin alors que c’est déjà dans dix minutes. Dix minutes ça me va moi.
Mais j’ai les ongles longs maintenant, malgré que je pense tout de même, qu’ils ne poussent pas si rapidement.
Les ongles poussent encore quand on est mort, je l’ai entendu il n’y a pas longtemps. Mais je l’ai entendu aussi plusieurs années auparavant, alors je me dis que l’on me l’a dit deux fois. Plusieurs personnes me l’ont rapporté, mais il est possible qu’ils n’aient pas été aussi nombreux que deux.
Je ne sais pas vraiment si je veux mourir. J’imagine que c’est comme un contrat, une fois qu’on l’a signé, il faut faire de sacrées démarches pour revenir sur sa parole. Moi je n’ai plus les moyens de prendre un avocat, je n’ai plus grand-chose.
J’adore les avocats, avec de la mousse de thon, bien que ça ressemble à du vomi de chat, et que quand on commence à y penser on n’y touche plus, moi je n’y touche plus quoi qu’il en soit, car je n’aime pas le vomi de chat, c’est pleins de microbes. Bien que j’adore les chats mais je ne leur roule pas des pelles.
Quand j’étais petit jusqu’à jeune, je faisais de la phobie alimentaire, des fois ça revient. J’y ai pensé aujourd’hui et je sais pourquoi désormais. C’est parce qu’à 3 ans, je crois, je me rappel de mon frère qui était allongé par terre et qui pleurai parce que mon père, son beau père, l’avait frappé, parce qu’il ne voulait pas aller à l’école ; il ne voulait plus « aller au lycée » disait mon père. En fait ce dernier se trompait parce que mon frère était au collège.
Les coups ça me faisait peur, un peu. Ca me surprenait de voir mon père que tout le monde disait qu’il était gentil (même si en fait c’est lui qui le disait, mais j’ai appris plus tard que « tout le monde » c’était lui !) frapper quelqu’un et se mettre en colère. Forcément, on se dit tous, dans ces cas là, que « quelqu’un » un jour ça peut être nous, enfin moi.
Ce qui me faisais beaucoup de peine, c’était de voir mon grand frère qui avait dix ans de plus que moi, et qui était un « dur », rester par terre, à pleurer pendant que les autres, moi, mon père et ma mère, mangions en faisant semblant de ne pas le voir.
Je ne voulais plus venir à table.
Quand je vais manger chez mes parents, je n’aime pas me mettre à leur table. Elle est toujours au même endroit cette grande table ronde en chêne. Je crois que c’est du chêne. Une fois j’ai dessiné en dessous, avec des craies bleues, c’était drôle. Mais quand je repense au dessin, je suis angoissé. Quand je pense à mes parents je suis angoissé. Quand je pense tout court je suis angoissé. Des fois je suis angoissé sans penser. Même à 6h13 du matin, et même si je n’ai pas revu mes parents depuis plusieurs mois, et que je ne leur ai pas parlé non plus.
Si je ne leur parle pas, je vais mourir.
Je préfère mourir.
Mon frère est mort.
En fait son corps bouge un peu, et il arrive que des sons sortent de sa bouche, mais je ne les comprends pas. On a toujours dix ans d’écart, je pense qu’il ne me déteste plus, en tout cas il ne me frappe plus quand je le vois. Moi je l’aimais beaucoup. On appel ça un paradoxe, mais il y a peut être un terme plus précis. De toute façon il est mort et ça fait longtemps. C’est l’alcool. Et je crois aussi, que comme il était malade, il se faisait des piqures. C’était peut être après qu’il soit allé en prison. Ou peut être avant quand il était SDF. Ou peut être est il tombé malade en même temps que moi, sauf que moi, c’était de la phobie alimentaire. Lui c’était autre chose.
Un jour j’ai vu un psychiatre, en fait je pourrai dire beaucoup de fois « Un jour j’ai vu un psychiatre ». Il m’a demandé si j’avais un frère. Moi j’étais très content qu’il m’en parle, parce que tout le monde semblait l’avoir oublié. Alors je lui ai raconté la vie de mon frère, mais ensuite on a fait que parler de lui. Il pensait sans doute que mes problèmes de l’époque venaient de mon frère, ou simplement il essayait de saisir « la complexité de ma structure familiale ». Tout ça. Je m’en suis douté, et cela m’embêtait que ça soit aussi simple alors je n’y suis jamais retourné. Et tout le monde a oublié mon frère. Aujourd’hui on est en octobre, et c’est moi qu’on a oublié, je suis content que ça soit mon tour, comme ça on va peut être enfin pensé à moi.