Facheux

Je crains d’avoir dévoré le bruit.

C’était un cri.

C’était un hurlement.

C’était tous les jours.

 

Il se trouvait dans ma tête un lézard, qui comme beaucoup de lézards ; cela vaut, pour tous les reptiles, évidemment, même les plus sommairement éloignés, comme les oiseaux ; avait déversé sur le monde de l’encre bleu.

L’encre bleue c’est violet, c’est violent, c’est laid. Mais c’est vert aussi, et sévère tout autant.

Vert au contraire des lézards, et à l’opposé, finalement, de tous les reptiles, à part les oiseaux, forcément.

Bleu c’est la viande.

Bleu c’est douloureux.

Bleu c’est vouloir sortir en hurlent, mais  j’ai avalé les hurlements.

Aussi.

Puisque j’ai mangé le bruit.

Il est dans mon ventre, empli d’acide et de clous rouillés. Il est bon de préciser que j’avais ingéré les clous car je souhaitais moi-même en être un.

Et quelques temps auparavant j’étais encore le clou de mon petit récital. Je pensais à l’instant même, que de bouffer des ustensiles à bricoler, faisait souvent mal aux fesses le lendemain matin. Le monde saurait alors, au moment où, relâchant mon muscle anal, pulvérisant une merde saumâtre, sanglante et lourde sur l’email blanche et sainte des chiottes, que l’embargo sur le bruit retenu jusqu’alors, serait levé.

C’est bon d’avoir mal en chiant, car ça perpétue le souvenir des douleurs bouffées. Et le lézard pourra remettre un peu d’encre.

Pensez à ce qui est bleu.

Tout le monde n’avale pas le bruit. On trouve des gens qui vivotent passant entre les décibels, comme les neutrinos au milieu des particules solides.

C’est clair ?

Est-ce Clair ?

Si non alors, peut être est ce Sarah ?

Et si Sarah était un oiseau ? Serait ce plus clair ?

 

Je suis passé à la gare l’autre jour, il y avait un bruit qu’on n’entendait pas. Plus tard je me suis rendu au commissariat. J’y ai péché quelques sons, et pourtant c’était silencieux. Même chose à la poste. A la mairie. A l’hôpital. J’ai pensé qu’on avait volé mes tympans, et ça m’emmerdait prestement de le déclaré à l’assurance. Mais comme partout je trouvais des lézards, j’ai su que mes oreilles marchaient parfaitement, ça de moins à faire, presque rassurant.

Je cheminais. Je déambulais. Je faisais sonner mes talons. Au milieu des foules, c’étaient les seules à renvoyer un écho. Après mes visites, je sentais la faim, et j’entrais dans une boulangerie. Pas un son. La boulangère était un lézard, elle lézardait d’ailleurs. Elle n’a pas parlé. J’ai sentis une vibration légère, comme une formule mathématique, préétablie, du genre toujours pleine d’une juste logique et qui s’applique toujours pour résoudre ces problèmes, de communication notamment.

Je suis sorti avec mon pain.

Pas celui que je désirais.

Je n’aime pas le pain de toute façon.

Et celui-ci, celui que je vous cite, était recouvert d’encre bleu. Je me suis, en pensée, permis d’évoquer Pasteur, et de prier un pasteur croisé là. Mais Louis n’avait rien à voir là dedans et le pasteur avait perdu ma confiance car il rampait sur le trottoir le long des façades de maisons et immeubles qui nous observaient de leurs grandes fenêtres glaciales. Moi, j’avançais doucement au milieu de la chaussée. J’avais plus à craindre que lui, pourtant, j’avais un lézard dans la tête et lui dieu dans son cœur, et peut être, sa croix dans le cul. En même temps moi j’avais des clous dans l’orifice, mais je ne marchais pas dedans, même au centre de la route.

J’ai songé amusant de le faire fuir et me mettant à rompre le pain. Ce n’était pas mon corps car il était bleu comme la viande, et la douleur. Peine perdue de toute façon, car aucun son n’a percé la croute, pourtant, un oiseau en est sortie.

Alors je me suis réfugié dans mon pain, et je ne suis pas sorti depuis longtemps. Il va bien falloir car mes murs se lézardent, depuis  j’envisage de déménager.

Je veux trouver du granit.

Je veux du granit rose avec des faces lisses et humides, et gravir son sommet. Ainsi aucun lézard n’y montera à ma suite. Il y a bien les oiseaux ; alors je me ferais mazout pour poisser leurs plumes, et d’un sourire j’y mettrais le feu. Je sais encore le faire.

Oui du granit rose avec des faces lisses.

Le garnir de roses et que sa masse glisse.

Je continuerais à manger du bruit de temps en temps, le granit fera la gueule, j’espère qu’il ne s’érodera pas trop vite, je ferai attention, je le poncerais de temps en temps.

Parce que le monde est un vivarium pour lézard, et les arts ne manquent pas aussi pour eux.

L’encre bleue restera, mais elle peut être violette, elle peut être verte.

Je la maudis autant que les oiseaux et les couvercles de poubelles ouvertes.

 

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